Roger Bernard est un historien de 27 ans, habitant dans une charmante et grande maison à Carcassonne. Grande est sa maison, gros est son cœur, mais chaudes sont ses larmes si douloureuses, car depuis maintenant sept ans, Roger vit seul, désespérément seul.
Pourtant, c’est un homme grand, beau et fort, bien dans sa tête et dans son corps, totalement épanoui qui ne demande qu’une seule chose, sortir de sa profonde et sournoise solitude. Courageux, intelligent, sensé, calme et posé, il est doté d’une extraordinaire sensibilité. La main verte, il soigne, chouchoute et bichonne ses fleurs, ses lys, ses roses, ses seules compagnies. Tout autour de sa maison, les promeneurs peuvent apprécier le résultat de son engouement pour ses amies, si belles et si majestueuses.
Suite à la souffrance de son mal de solitaire, il se questionne, il se cherche, en faisant depuis quelques années déjà, un grand arbre généalogique.
Un jour semblable aux autres, dans sa vie terne et monotone, Roger alla à la bibliothèque de sa ville, où il y resta jusqu’à 19H30, heure de fermeture. Après bien des heures passées à lire, relire, regarder, chercher, tourner et retourner, fouiller et manipuler dans tous les sens, documents, articles et livres, il le trouva enfin. Lui. Celui qui lui manquait dans la famille des Trancavel. Son aïeul du Moyen-Age qui lui fit passer de nombreuses nuits blanches, et avec qui il eut tant de cheveux gris : RAYMOND ROGER DE TRANCAVEL, DUC DE CARCASSONNE.
« Suite au siège de Simon de Monfort, Raymond Roger de Trancavel dut se soumettre aux croisés pour éviter à son peuple la famine. Simon de Montfort emprisonna aussitôt le Duc de Carcassonne, au mépris de toute règle de chevalerie, dans ses propres prisons. Il mourra en 1209 de dysenterie le 1er août, après avoir tenté de négocier avec ces derniers. »
« Et bien ça alors ! » Pensa Roger Bernard, « Ca al… » Soudain, la terre se mit à trembler. Des livres tremblèrent, d’autres tombèrent sur le sol, des documentalistes effrayées s’accrochèrent tant bien que mal aux étagères et leurs angoisses apparurent sous forme de hurlements qui s’échappèrent du fond de leur gorge. Des femmes enceintes chutèrent suivies de personnes âgées et… Pouf ! Plus rien. Encore abasourdi par ce qu’il venait de se passer, alors inconscient de la chose, Roger déclara : « Quel tremblement mes amis ! On l’a échappé belle ! » Sous le choc mais toujours inconscient, il se leva, se dirigea vers une documentaliste et emprunta l’article de sa découverte, puis rentra chez lui.
Arrivé à destination, il ouvrit sa boîte aux lettres, pris son courrier et rentra. Dès lors, il jeta son courrier et son article sur son bureau et enleva son manteau. Soudain il reprit conscience et courut à son poste de télévision pour ne pas louper les informations nationales.
« Mesdames et messieurs bonsoir. Voici les titres de l’actualité d’aujourd’hui mardi 25 avril 2000 : premières indemnisations de la marée noire, données ce matin en Bretagne. Les problèmes de cohabitation au Kosovo subsistent toujours et redoublement de violence, avec de nouvelles fusillades qui font 7 morts et 3 blessés dont 2 soldats français. Lionel Jospin, le Premier ministre, rend visite aux industries du bois en Lorraine, touchées par la tempête. Le Président Jacques Chirac lance un appel à la vigilance sur l’hygiène alimentaire avec 2 nouveaux cas de listéria décelés. Nouveaux cas de vaches folles et colères des agriculteurs. Mais avant d’entamer notre programme d’information, nous apprenons à l’instant qu’un phénomène extraordinaire vient de se produire dans l’Aude, à Carcassonne plus exactement ; Un tremblement de terre de magnitude 3 sur l’échelle de Richter s’est fait sentir. Jusqu’ici rien d’anormal si ce n’est que ce dernier ne s’est produit qu’à un seul endroit, la bibliothèque municipale de la ville. Nos envoyés spéciaux Céline Marsha et Cédric Pétrivski se sont rendus là-bas. »
« C’est effectivement sur les coups de 19h30 qu’un séisme de magnitude 3 sur l’échelle de Richter s’est fait ressentire ici à Carcassonne. Plus précisément, dans la bibliothèque municipale. Pas dehors, ni à côté. Non. Juste à l’intérieur même du bâtiment. Ce tremblement dépasse largement le stade du phénomène géologique. A mes côtés, M. Pitouvier docteur agrégé en géologie. Docteur Pitouvier, pouvez-vous nous expliquer exactement ce qui s’est passé ?
- A vrai dire, non. Ce phénomène est tout simplement incompréhensible. Je ne vois malheureusement aucune explication plausible à ce qui vient de se passer. Dans le centre de recherche et de contrôle des séismes le plus proche d’ici, les sismologues ont pu voir leurs sismographes s’affoler. Ils ont pu également localiser le foyer ici même à Carcassonne, mais personnes à part eux et ceux qui se trouvaient à l’intérieur du bâtiment n’ont pu ressentir la moindre secousse.
- Comment alors pouvons-nous qualifier ce qui vient de se passer ? Pouvons-nous dire que ce phénomène est… paranormal ?
- Oh ! Je crois que le qualifier de paranormal est légèrement exagéré ! Restons les pieds sur terre ! Je suis persuadé que d’ici quelques temps nous pourrons vous apporter une explication scientifique appropriée.
- Merci Docteur. C’était Céline Marsha en direct de Carcassonne. »
« Incroyable ! UNIQUEMENT A L’INTERIEUR DU BATIMENT !!! Mais comment est-ce possible ?!! » Trop préoccupé par ce qu’il venait d’entendre, il ne put finir le potage qu’il s’était préparé pendant l’annonce des titres du journal télévisé. Il se lava, éteignit son poste et jeta le reste de sa soupe dans l’évier. Intrigué, de plus en plus angoissé, un sentiment étrange l’envahit. Epuisé, exténué, lessivé par tous ses événements, il fit sa vaisselle et alla se coucher. A ce moment précis, sa vie morne et monotone prit soudainement une tournure qui alla bouleverser toute son existence.
Tourmenté par tout ce qu’il venait de vivre et après bien des heures passées sans pouvoir trouver le sommeil, il tomba enfin ans les bras de Morphée. Il passa alors, une nuit bien agitée : Le front chaud, en nage, les draps humides de sueurs, il se tourna, se retourna dans son lit. Enlevant et remettant ses draps sur lui, l’oreiller tassé, il sentit son cœur battre de plus en plus vite et de plus en plus fort, à tel point que l’on put apercevoir les battements de son cœurs au niveau de ses tempes, même faiblement. Les dents grinçantes, des gémissements s’échappèrent du fond de sa gorge. Tout à coup, il se passa quelque chose de mystérieux : Un son semblable à celui d’une cassette que l’on rembobine mal se fit entendre. Sa respiration s’accéléra et les vibrations de ses tempes dues au battement rapide de son cœur, maintenant, étaient de plus en plus visibles. Assoiffé, sa gorge se serra, la sueur de son front dégoulina et la température de la pièce augmenta sans s’arrêter. L’obscurité de sa chambre passa du gris blafard à une blancheur ardente, angoissante. L’obscurité de sa chambre passa du gris blafard à une blancheur ardente, angoissante. Les murs se déformèrent. Son lit trembla, le sol trembla, c’est toute sa chambre, toute sa maison qui se mit à trembler, jusqu’au moment où… tout disparut !

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